Les mains enchaînées

J’ai fait un rêve

Au détour d’un chemin

J’ai rencontré des hommes.

Des hommes attachés les uns aux autres marchant en file indienne comme des limaces.

Ils tendaient vers moi leurs mains,

Leurs mains enchaînées comme jadis nos ancêtres, les esclaves

Le teint blafard

Le crâne rasé.

Les yeux voilés de larmes

Le corps couvert d’éraflures

Les lèvres serrées.

Aucun son ne s’échappait de leur bouche asséchée.

Ils me regardaient fixement.

Que voulaient-ils me dire?

Le doigt pointé vers l’horizon,

désignait dans le lointain,

un navire qui sombrait lentement.

Etait-ce une prémonition?

Était-ce notre Guyane

ce navire qui s’enfonçait inexorablement dans cette eau grisâtre gorgée de mercure et de détritus ?

Soudain, comme un volcan en colère

jaillirent hors de l’eau, des laves rougeoyantes qui soulevèrent le navire déjà à moitié englouti.

Ces hommes enchaînés serrés les uns contre les autres

le portaient à bras le corps,

comme un étendard triomphant.

Leurs chaînes s’étaient rompues

et gisaient au fond de l’eau.

En sursaut, j’ouvris très grand les yeux

A travers les volets à demi fermés, s’échappaient les premiers rayons du soleil.

Ce n’était qu’un rêve !

Je me laisse à penser :

“Dans ce pays si riche pourquoi sommes nous encore en détresse?”

Ce pays, méprisé, divisé, pourtant un jour,

sans armes ni bâton, sans tambour ni clairon redressera la tête.

Alors je me dis, sans aucune prétention :

“Mes compatriotes retrouveront la raison.

Au nom de l’égalité,

avec fierté et dignité sans auréoles ni médaillons

trouveront ensemble la bonne solution

pour redorer le blason de notre Guyane.”