La rentrée des classes

Ce jour tant attendu est arrivé.
C’est le grand branle bas.
Les cartables rangés et alignés près de la porte semblaient nous lorgner d’un œil.
Nos robes neuves encore bien flaské que nous avions utilisées la veille pour nous rendre à la messe, nous attendaient étalées sur le dossier d’une chaise.
Réveillées dès l’ aube par notre père,
le coeur content, l’esprit en fête, une petite idée me trottait déjà derrière la tête.
La verrai-je aujourd’hui ?
Des jours, des mois s’étaient écoulés.
Son souvenir s’était lentement estompé car le terrain de basket l’avait supplanté.
Ce premier jour de la reprise des classes ravivait l’image de ce panier rempli de friandises.
Sera-t-elle là notre marchande de bonbons?
Assise sur son petit tabouret de bois, elle attendait sans doute avec impatience cette rentrée.
Ce jour me renvoyait l’image de cette vieille dame assise sur son petit tabouret de bois, un panier rempli de friandises posé sur les genoux.
A la joie de revoir mes amies se mêlait la représentation de ces ramiken, ces bonbons filés (comme on les appelait), entassés pêle- mêle dans ce panier.
La tentation était grande.
Les petites pièces de monnaie, amassées durant mes jobs de vacances, s’entrechoquaient dans ma trousse.
Elles imaginaient sans aucun doute leur destination.
Remplir les aiguilles de notre père pour rafistoler ses filets, lui enlever un par un ses cheveux blancs…étaient des petits travaux rémunérés.
Nous étions payées au nombre de mèches de cheveux enlevées.
La multiplication par 2 était de mise.
On l’utilisait à bon escient.
Les conseils répétés de notre mère ne pouvait surpasser la vue de ces friandises.
Ne pas s’arrêter en chemin, disait-elle, faire fi de toutes ces sucreries néfastes pour la santé de nos dents, et bien d’autres conseils..mais rien ne pouvait m’enlever le désir de goûter à toutes ces friandises.
Seul le tintement de la cloche de l’école toute proche me ramènerait à la réalité du moment.